RDC : Vital Kamerhe face aux autres acteurs de l’enquête judiciaire

La semaine qui commence pourrait être cruciale dans la stratégie du procureur général de Kinshasa-Matete, Adler Kisula, qui entend procéder à une confrontation de l’actuel directeur de cabinet présidentiel aux autres acteurs clés du dossier.

Le patron de l'administration présidentielle, Vital Kamerhe, n'est ni suspendu, ni révoqué.

Coup de tonnerre sur la scène politique congolaise hier. Alors que tout le monde attendait que le directeur de cabinet du chef de l’Etat recouvre la liberté, même conditionnelle, après son dépôt sous « mandat d’arrêt provisoire » depuis le mercredi 8 avril à la prison de Makala, le verdict est tombé, comme un couperet : le parquet général près la cour d’appel de Kinshasa-Matete a ordonné le placement en « détention préventive », pour une durée de quinze jours renouvelable une fois, du patron du cabinet présidentiel. Pour le procureur général, Adler Kisula, la remise en liberté de Vital Kamerhe « serait de nature à entraver » le déroulement de l’instruction. Le parquet, qui indique souhaiter poursuivre les auditions avant de confronter Vital Kamerhe aux autres acteurs cités dans le dossier, veut éviter toute entrave à l’instruction. Surtout que l’accusé principal, qui bénéficie toujours de la présomption d’innocence, avait refusé de répondre à une première convocation du parquet le 4 avril.

Après avoir mis derrière las barreaux Vital Kamerhe, nommé directeur de cabinet au lendemain de l’investiture du président Félix Tshisekedi, le 24 janvier 2019, le procureur général poursuit ses investigations et enchaîne les auditions dans son bureau. Samedi 11 avril, il a reçu les membres de la coordination technique de la commission de suivi du Programme présidentiel des 100 jours. Cette coordination était composée de dix membres appartenant tous à l’alliance Cap pour le changement (Cach). Cinq sont membres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti présidentiel et cinq autres sont encartés à l’Union pour la nation congolaise (UNC), le parti du directeur de cabinet présidentiel. Le procureur a vite compris que ladite coordination n’avait rien à voir avec la sélection des prestataires. Entretemps, selon certains confrères, Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale sous l’ex-président Joseph Kabila, a changé de fusil d’épaule et oriente désormais les enquêteurs vers les membres du gouvernement avec lesquels il a identifié les projets et partagé la responsabilité de la sélection des prestataires.

Mais, pour le moment, le parquet oriente ses investigations vers la Commission de suivi du Programme présidentiel des 100 jours, dont les membres devraient être confrontés, probablement ce lundi, au directeur de cabinet du chef de l’Etat à Makala. Rappelons que cette commission technique comportait trois organes. Il y a d’abord la supervision pilotée par Vital Kamerhe. Y siégeaient notamment le ministre des Finances de l’époque, celui du Budget, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), ainsi que les ministères sectoriels, appelés eux aussi en fonction des projets concernés. On pouvait y trouver notamment le ministre des Infrastructures, celui de l’Education, de la Santé, etc. Il s’agit, pour la plupart, des ministres qui ont appartenu au gouvernement de transition de l’ancien Premier ministre, Bruno Tshibala, sous le régime de Joseph Kabila. La coordination technique, ainsi que la cellule d’exécution constituent les deux autres organes.

D’après une source judiciaire, le processus de sélection des prestataires était en principe assuré par le comité de supervision, sous la haute main du directeur de cabinet, qui venait de s’imposer comme unique ordonnateur des dépenses dans le contexte de la transition jusqu’à la prise de fonction du nouveau gouvernement, en septembre 2019. Il est par conséquent probable que le procureur général puisse auditionner aussi les autres membres de ce comité, anciens ministres et actuel gouverneur de la BCC, tous impliqués directement ou indirectement dans le choix des prestataires et les processus de paiements. C’est au niveau de ces derniers que les détournements de fonds publics auraient pu certainement être opérés. On soupçonne le choix d’entreprises fictives dans la réalisation de certaines prestations. Qu’en est-il ? C’est ce que le procureur général tentera de savoir. De sources judiciaires, plusieurs griefs seraient retenus contre Vital Kamerhe, portant sur l’utilisation de fonds publics destinés au financement des grands travaux lancés par le chef de l’Etat, dont notamment une présumée disparition de plus de 35 millions sur un total de 57 millions de dollars pour la construction de maisons préfabriquées dans le cadre du programme des «cent jours».

La rédaction