RDC / hommage : Qui était Deo Rugwiza, le Dg des douanes décédé à la mi-avril

Les douaniers congolais ont perdu le 15 avril leur patron nommé en 2005, Deo Rugwiza Magera, qui était malade depuis plusieurs années. En ces temps de confinement et de distanciation sociale, ils n’ont pas pu se déplacer en masse pour lui rendre un hommage mérité. L’homme était pourtant apprécié pour ses qualités humaines et managériales. Enjeux africains a alors pensé aux absents en reproduisant en partie l’oraison funèbre prononcée, le 23 avril, lors des obsèques par un de ses adjoints, Nzuka Mapengo.

Deo Rugwiza est resté 15 ans aux commandes de la Douane en RDC.

Deo Rugwiza Magera devient en 2005 directeur général des douanes et accises (DGDA) de la République démocratique du Congo au moment où le pays sort d’une longue nuit de déchirement entre factions politico-militaires. Etant venu hors de la douane, le regard curieux des douaniers affichait le doute sur ses compétences.

Pourtant, une fois en fonction, l’homme, diplômé de l’Université Lovanium (actuelle Unikin) en sciences commerciales et financières, se révèle être un manager hors pair. Au sein de l’administration douanière, son leadership exemplaire laisse convaincre les sceptiques et les réticents à collaborer à l’ambitieux projet des réformes qu’il porte et qu’il entend mener jusqu’au bout.

Pour bien fixer et faire s’approprier à tous ses ambitions, il redynamise une structure, « le groupe des projets » chargée de réfléchir et de conduire des projets au sein de la douane. À la faveur des réformes, cette structure deviendra par après toute une direction portant ses initiales, « DRM », non pour dire Deo Rugwiza Magera, mais bien « Direction de la Réforme et Modernisation ».

Personnellement, je me souviens de ces longues journées harassantes de labeur et de ces nuits tourmentées lorsque le Dg me mettait la pression pour les assignations des recettes à atteindre. J’étais alors son directeur des recettes. Et comme il ne se satisfaisait pas du moindre effort, il en rajoutait pour dépasser les assignations des recettes, pour aider le gouvernement à tenir ses promesses. Nous parlions alors lui et moi, de l’algorithme sur l’effort de service et  des assignations avec résorption du déficit.

il est cependant certain que de cette pression, et mes collaborateurs, notamment le sous-directeur Kinkela  et moi-même, nous n’ayons pas toujours été là à apprécier cet homme qui la mettait sur nous. Mais dans la vie, a-t-on jamais rencontré être parfait qui emporte l’assentiment de tous ?

Je me souviens, de notre partage à trois, toi-même, St Augustin Mwendambali et moi, sur le pélican, cet oiseau mythique qui préfère se suicider et donner ses entrailles à ses enfants, que de les laisser affamés. Je le vois aujourd’hui, au sacrifice de ta vie, tu as tout fait, tu as travaillé dur jusqu’à l’épuisement total pour garder haut l’étendard de la DGDA. Quelle école ? Quelle leçon ?

Faut-il aujourd’hui dresser le bilan de l’action de l’homme ?

Je ne le pense pas. Le seul bilan qui nous soit permis, c’est celui d’apprécier la qualité des relations que la DGDA a eues avec son manager, lesquelles relations ont transformé nos rapports humains entre nous douaniers d’abord, puis entre nous et parties prenantes à la douane en rapport de convivialité, de partage, d’amitié et d’amour.

Ces dernières années, nous avons tous été témoins de la douleur que tu endurais avec courage. Nous avons été témoins de tes efforts pour donner ce qui te restait d’énergie pour transmettre ce que tu gardais pouvant encore aider la DGDA à se parfaire. Nous avons appris à tes côtés, et parfois à nos dépens, que les meilleures victoires sont celles qui s’obtiennent dans l’adversité, dans la douleur, donc dans la méritocratie.

Ils sont nombreux ceux qui, au sein de la DGDA, prendront du temps pour se convaincre que le bureau du 7ème niveau est sans son locataire.

Nous sommes nombreux à ne pas accepter que le capitaine quitte le navire en ce moment où la DGDA tangue, secouée de toutes parts par les effets collatéraux du Covid-19, obligeant ainsi la douane à chercher des nouvelles solutions, à se réinventer pour donner à l’Etat des moyens innovants.

Quoiqu’acceptant que la mort soit le destin de tous, nous sommes nombreux à ne pas accepter que tu sois parti en ce moment de confinement et de distanciation sociale, moment durant lequel les enterrements ne se font que dans la confidence et l’intimité imposée par la pandémie. Nous ne pouvons l’accepter car digne et vibrant hommage tu méritais.

Nous te savons homme discret, mais nombreux sommes-nous à refuser que tu aies fait le choix de partir sur la pointe des pieds pour éviter à cette grande famille des douaniers les effets des foules en détresse et en émoi.

Quelle était donc ta crainte pour partir sournoisement, que les foules en détresse et en émoi, que nous ne pouvons voir aujourd’hui ne viennent trahir l’empreinte que tu as marquée dans le temps et l’histoire des douanes congolaises ?

Même absentes physiquement en ce lieu, ces foules sont ici présentes en ces mots que je porte pour traduire l’immense détresse qui nous a envahis depuis ce matin du mercredi 15 avril 2020.

Comme il est douloureux de porter les émotions de toute une foule angoissée…Je voudrais m’en dégager en essayant de ne pas verser des larmes, en t’assurant que tes empreintes demeureront à jamais parmi nous et guideront toujours nos pas.

Deo, le natif du premier janvier 1949 s’en est allé !

Deo Rugwiza, le digne fils de Jomba dans le Nord-Kivu s’en est allé rejoindre maman Espérance Kayitesi, d’heureuse mémoire, sa tendre épouse partie 25 ans plus tôt.

Deo Rugwiza Magera, la rigueur incarnée, le directeur général des douanes et accises, a tiré sa révérence…

Dieu l’a rappelé auprès de sa magnificence, de son amour éternel et de sa lumière apaisante, essuyons les larmes qui perlent sur nos joues.

Puisque le vase de sa vie s’est brisé, symbole visible de notre finitude, et que sa vie retourne au créateur, applaudissons l’homme et laissons-nous aller dans cette louange que nous traduisons si bien en des mots d’homme : « Dieu a donné, Dieu a repris, que son nom soit béni.»

 Par Nzuka Mapengo, directeur général adjoint de la DGDA

Le directeur général adjoint, Nzuka Mapengo.