RDC/Coronavirus : l’ordonnance du docteur Matata Ponyo

Pour l’ancien Premier ministre, le Covid-19, comme partout ailleurs dans le monde, aura des effets néfastes sur l’économie de la République démocratique du Congo, qui pourrait voir sa croissance tomber à 0,1% en 2020.

L'ancien Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, enseigne l'économie à l'Université protestante au Congo (UPC), à Kinshasa.

Dans une longue étude d’une douzaine de pages de son think tank Congo Challenge, rendue publique le 20 mars, l’ancien Premier ministre a dressé le tableau de l’impact économique et social du coronavirus sur l’économie de la RDC. «En raison de sa forte vulnérabilité vis-à-vis des chocs exogènes, la RDC est exposée à de forts risques de perturbation de sa situation économique et sociale en raison d’une large propagation du coronavirus dans le monde», a déclaré Matata Ponyo Mapon au cours d’un point de presse dans la capitale congolaise, Kinshasa, soulignant que «outre la contamination au virus, qui directement porterait atteinte à la qualité de vie des ménages et à la main-d’œuvre, il y a lieu de relever que cette épidémie touchera le pays par le truchement de la balance de paiements (…) et des secteurs productifs qui écoulent l’essentiel de leurs productions à l’étranger, surtout en Chine». Par ailleurs, poursuit-il, «par des effets d’entrainement, le choc du coronavirus devrait atteindre d’autres segments de l’économie congolaise, notamment les finances publiques, la stabilité du cadre macroéconomique et la situation de l’emploi. Ceci aura pour conséquence, au plan humain et social, une dégradation des conditions de vie qui déjà, ne sont pas très bonnes». Pour Matata Ponyo, les perspectives du cadre macroéconomique sont peu reluisantes en considération des évolutions enregistrées depuis le début de l’année. Comme la baisse du cuivre de 4,87 % et celle du cobalt de 2,19 %, observée en ce mois de mars 2020, sous l’influence du ralentissement de la croissance chinoise dans la demande mondiale de minerais (soit une demande de 35% des minerais produits par la RDC). «Compte tenu de l’élasticité de l’offre par rapport au cours, et au regard des indicateurs portant sur l’évolution de l’économie de la Chine, le premier partenaire commercial actuel de la RDC, on devrait s’attendre à un ralentissement de l’activité minière en RDC de plus ou moins 20,6%. Ceci devrait déboucher sur une baisse de l’activité économique dans les autres segments de l’économie et un ralentissement majeur de la croissance congolaise pour se situer à 0,1% en 2020 contre 4,5% en 2019 dans une hypothèse relativement optimiste», constate l’ancien ministre congolais des Finances.

Face à cette catastrophe annoncée, des appuis budgétaires et des réformes macroéconomiques appropriées doivent être rapidement opérationnalisés pour éviter à l’économie congolaise de tomber dans la récession. A défaut de pouvoir conjurer tous les effets néfastes de la pandémie, il convient d’en limiter les dégâts. «A cause de sa vulnérabilité vis-à-vis de l’extérieur, en raison de la faible diversification de son économie et de l’étroitesse de son espace budgétaire réel, la RDC ne dispose pas de grandes marges d’intervention pour faire face au choc du coronavirus. Les efforts à déployer par le gouvernement de la République seraient essentiellement orientés vers la limitation des dégâts», a déclaré l’ex-chef de gouvernement. Il a ainsi appelé les autorités à « arrêter des mesures correctives et pratiques » pour sauver l’économie du pays. En formulant un certain nombre de mesures, dont la rationalisation des dépenses publiques, avec en particulier la diminution du train de vie des institutions (présidence, gouvernement (dont il faut diminuer la taille), Assemblée nationale, Sénat et certaines entreprises publiques) ; priorisation des dépenses du secteur de la santé et « prise en charge, pour une certaine période, des factures d’électricité et de l’eau pour les ménages les plus fragiles» ; prise de mesures pour diminuer le coulage des recettes à travers la fraude et la corruption ; ajustement du cadre macroéconomique ; soutien aux entreprises publiques et privées directement affectées par la pandémie (mise en place d’un plan national) ; soutien à la fiscalité des entreprises ou encore le développement d’une stratégie vers les institutions internationales pour obtenir un appui financier «afin d’éviter une explosion du déficit budgétaire».

Tout en reconnaissant que «les mesures prises pour anticiper la propagation du coronavirus sont certes indispensables, voire inéluctables», Matata Ponyo Mapon appelle cependant les autorités à la vigilance, car «la pandémie du coronavirus va constituer un véritable défi pour le gouvernement au cours des prochains mois au vu des contraintes diverses qui se présentent à l’économie congolaise».

La Rédaction