Paris apporte un soutien financier à la RDC

Prévu en septembre dernier, le déplacement en France de Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo s’est déroulé finalement du 10 au 13 novembre. Logé au Bristol à deux pas du Palais de l’Elysée, le président rd-congolais s’y est même rendu à maintes reprises. Mardi 12 novembre, il a surtout été l’invité d’honneur de son hôte français lors du Forum de Paris sur la paix. Seul chef d’Etat africain à prendre la parole lors de la cérémonie d’ouverture, à la Grande Halle de la Villette, il en a appelé à la constitution d’une coalition mondiale pour la paix.

Le point d’orgue de sa visite a cependant été son entretien en tête-à-tête avec son homologue français, Emmanuel Macron. Puis la rencontre a été élargie à leurs proches collaborateurs respectifs. Coté rd-congolais, étaient notamment présents : le directeur de cabinet adjoint, le Pr Désiré Cashmir Kolongele Eberande, la ministre des Affaires étrangères, Marie Tumba Nzeza, le ministre des Finances, José Sele Yalaghuli, le conseiller spécial en matière de sécurité, François Beya, le conseiller spécial chargé des investissements, Jean-Claude Kabongo, la conseillère spéciale en matière de coopération et d’intégration régionale, Me Bestine Kazadi, etc.

L’amitié entre les deux présidents s’approfondit au fil des rencontres. « Quand un ami a des difficultés, on l’aide », ont répété à l’unisson les deux dirigeants. Au-delà de leur amitié personnelle, il s’agit d’abord de renforcer la coopération entre Paris et Kinshasa (dont le président multiplie les voyages en quête d’un soutien financier via les aides budgétaires et les aides projet mais aussi pour drainer vers son pays les flux d’investissement étranger conséquents). Pour sa part, la France va apporter un appui sous la forme d’un contrat de désendettement et de développement  C2D) à hauteur de 65 millions d’euros, signé le 12 novembre par les deux parties au Palais de l’Elysée.

Cela veut dire que l’Hexagone va consacrer les sommes qu’aurait dû rembourser la RDC au titre d’une ardoise antérieure pour appuyer le programme du gouvernement rd-congolais. «La France va investir 65 millions d’euros pour accompagner le travail de modernisation et de transformation de la RDC par le président Tshisekedi », déclare Emmanuel Macron aux journalistes présents dans la cour de l’Elysée. Cette enveloppe va être utilisée notamment dans le domaine sécuritaire. La France reste en effet préoccupée par la situation qui prévaut encore à l’est du pays.

Elle s’apprête donc à aider la RDC à lutter efficacement contre les groupes armés qui pactisent avec Daesh dans la partie est du pays. Cela passera notamment par un renforcement de la coopération militaire mais aussi par une forme de collaboration dans le domaine du renseignement. L’administrateur général de l’Agence nationale de renseignement (ANR), Justin Inzun Kakiak , a d’ailleurs séjourné lui-aussi dans la capitale française en même temps que la délégation officielle. Paris va surtout poursuivre la formation des policiers rd-congolais, entamée depuis plusieurs années déjà, à l’époque de l’ancien président Joseph Kabila Kabange.

Reste que, dans le cas de la RDC, la force ne suffit pas lorsqu’on veut mettre fin à l’insécurité. Emmanuel Macron promet par conséquent  de mener aussi une action diplomatique en faveur du pouvoir rd-congolais, notamment pour obtenir des sanctions internationales s’appliquant à l’encontre des leaders des groupes armés. Paris pourrait, par exemple, convaincre ses alliés européens – à commencer par l’Allemagne où se rend du 14 au 16 novembre Félix Tshisekedi – à durcir le ton face aux leaders des groupes armés déstabilisant l’Est de la RDC. Cette action diplomatique vise également à inciter les chefs d’Etat des pays voisins de la RDC – à commencer par ceux du Rwanda et de l’Ouganda – à s’engager aux cotés du président  Tshisekedi pour mettre fin à l’insécurité dans l’est du pays.

Une autre partie de l’enveloppe liée au 2ème C2D va servir, selon Emmanuel Macron, à soutenir les grandes ambitions affichées par son homologue d’Afrique centrale, notamment dans le domaine de l’éducation. Au moins 15 millions d’euros vont permettre de soutenir la gratuité de l’école primaire décidée par Félix Tshisekedi et d’assurer la formation des maîtres d’école. Le président français précise surtout que la RDC fait face à un défi démographique, avec notamment 2 à 3 millions de jeunes à former tous les ans.

Autre domaine retenu: la santé. Paris rappelle son engagement dans ce domaine ainsi que les efforts déjà réalisés dans le combat contre la maladie à virus Ebola aux côtés des Congolais. La France va également poursuivre sa coopération scientifique et technique dans le domaine médical, et appuyer les efforts visant à stabiliser le système de santé rd-congolais. «Nous déploierons cette feuille de route dans les prochains mois », insiste Emmanuel Macron.

Mais pour le président français, il incombe d’abord aux dirigeants et au peuple rd-congolais d’agir pour leur pays. Lui s’y rendra au second semestre 2020 – à une date non précisée – après avoir reçu à nouveau, en juin prochain, la visite de Félix Tshisekedi. Ce dernier est en effet invité au prochain sommet Afrique-France qui se tiendra à Bordeaux sur le thème de la ville et territoires durables.

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