Exclusif / RDC : Comment est mort le juge Raphaël Yanyi Ovungu ?

Stupeur à Kinshasa avec la disparition brutale, ce 26 mai, du président de la cour au procès du directeur de cabinet présidentiel congolais, Vital Kamerhe, accusé de corruption dans l’affaire du Programme des cent jours du président Félix Tshisekedi. Une mort qui suscite bien des interrogations ; le Parquet a demandé une autopsie pour déterminer les causes du décès. Enjeux africains a retracé l’enchaînement des derniers instants de la vie d’un homme qui marquera les esprits.

Clôturant, le 25 mai, la deuxième audience de l’affaire du Programme des cent jours, le juge Raphaël Yanyi Ovungu a donné rendez-vous à tout le monde le 3 juin. Malheureusement, il ne pourra pas être présent : le magistrat est décédé brutalement dans la soirée du mardi 26 mai. L’heure du décès n’est pas connue avec exactitude. On sait tout simplement que la voiture qui transportait le juge, et que conduisait son épouse, est arrivée à 23h15 au Centre hospitalier Nganda. Mais l’équipe de garde a constaté que le juge était inanimé. La disparition de ce magistrat que le public congolais n’a découvert qu’à l’occasion de ce procès, très médiatique, de Vital Kamerhe, alors qu’il était déjà un « vieux » routier du tribunal de grand instance de Kinshasa/Gombe, a créé une véritable stupeur dans la capitale congolaise où on se perd en conjonctures sur les causes de sa mort.

Tout commence en effet le samedi 23 mai, selon les médecins qui ont discuté avec son épouse. Le juge ne s’est pas bien senti ce jour-là. Il était fatigué et a commencé à faire de la fièvre. Mais son état n’a pas inquiété outre mesure son entourage. Il a pu reprendre le travail à la fin du week-end. Lors de l’audience du 25 mai, il était déjà sous traitement. Il a en fait pris un médicament contre la malaria. Etait-ce une prescription émanant d’un médecin ou faisait-il simplement de l’automédication ? On ne le sait pas encore. Mais certains téléspectateurs ont constaté, ce 25 mai, lors de la retransmission du procès, que le juge n’avait pas le même tonus que lors de la première audience, il n’était pas sans son assiette. Pour beaucoup, il était une pâle copie du juge qui a présidé avec maestria la première séance quinze jours plus tôt. A plusieurs reprises, il lui est reproché de ne pas bien assurer la police des débats et surtout de ne pas bien distribuer la parole entre les deux parties. La critique émanait surtout des avocats du prévenu Vital Kamerhe. Il a pu aller jusqu’au bout de l’audience, sans trop attirer l’attention de ceux qui étaient présents à la prison de Makala où se déroule le procès.

Il a renvoyé le procès au 3 juin pour appeler à la barre, à la demande de la partie civile, une ribambelle de témoins, à commencer par Hamida Chatur, l’épouse de Vital Kamerhe. Ce qui a fait sortir ce dernier de ses gonds. Un membre de la partie civile aurait alors entendu le patron de l’Union pour la nation congolaise (UNC) proférer une menace ou faire une promesse : « Je vais mettre le feu ! » Vrai ou faux, toujours est-il que cette petite phrase fait monter la tension entre les deux parties, en présence d’un juge président imperturbable, qui lève alors la séance en demandant à la RTNC (radio télévision nationale congolaise) de mettre fin à la retransmission en direct de ce qui allait suivre. Comment s’est-il levé de sa chaise ? Comment a-t-il marché après avant de regagner son véhicule ? Comme tous les juges du procès en cours, il avait droit lui aussi à quatre policiers, qui se relayaient chez lui, selon le porte-parole de la police nationale, le colonel Pierrot Muanamputu, joint au téléphone par Enjeux africains.

Le lendemain, le juge Yanyi se rend normalement au travail. Un membre de sa famille dit qu’il avait l’air de bien se porter. Il revient chez lui le soir, après une journée de dur labeur. Son épouse, qui l’accueille, trouve qu’il est un peu fatigué, mais il ne se plaint de rien. Après le dîner, il se lève, monte à l’étage pour se reposer. Quelque temps après, son épouse le rejoint pour vérifier si tout va bien. Elle découvre alors que son mari a beaucoup vomi, et prend la décision de l’emmener directement à l’hôpital. Au volant de leur voiture, elle prend la direction du Centre hospitalier Nganda, un de meilleurs établissements de la place, et surtout l’un des mieux équipés. L’équipe de garde accueille le malade à 23h15. Mais curieusement, le patient ne bougeait plus. Les médecins constatent qu’il n’y a aucun mouvement dans la cage thoracique. Cela veut dire qu’il ne respire plus et il n’y a aucun battement cardiaque. Sa femme ne cache pas son inquiétude, mais il lui est impensable d’envisager le pire pour son mari, avec qui elle parlait quelques heures, voire quelques minutes plus tôt. Malheureusement, le corps transporté dans l’unité des soins intensifs présente déjà des signes cliniques de la mort. La saturation en oxygène dans le sang est de 0%. Le pire est certainement arrivé.

La femme du juge demande à ce que l’équipe de garde tente de le réanimer. Après une heure d’efforts, les médecins ne sont pas parvenus à faire repartir le pouls, ni à le ramener à la vie. Madame Yanyi ne veut pas y croire. Elle appelle au téléphone un homme de Dieu, certainement son pasteur. Digne et courageuse, elle a tout tenté pour sauver son mari, mais finit par se rendre à l’évidence. Quant à l’heure du décès, elle n’est pas connue avec exactitude. D’autant que le juge était déjà sans vie à son arrivée à l’hôpital. Est-il mort chez lui ou en cours de route lors de son transfert à l’hôpital ? Difficile de le préciser.

Reste que le Parquet vient de demander, de son côté, par écrit au médecin légiste de l’hôpital général de référence de Kinshasa de procéder à l’autopsie du corps pour déterminer les causes du décès. En attendant, la dépouille du juge Raphaël Yanyi est conservée à la morgue de l’hôpital général militaire du camp Kokolo, une caserne de l’armée située en face de la RTNC, non loin du centre d’affaires de la Gombe. De son côté, le parquet demande à ce que le corps ne soit pas « manipulé par des mains inexpertes », jusqu’à la réalisation de l’autopsie.

« Il est mort sur le champ d’honneur », lance un ancien conseiller de l’ex-président Joseph Kabila. Apparu au grand public lors de l’audience inaugurale du procès de l’affaire des cent jours impliquant le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, et l’homme d’affaires libanais Samih Jammal, le juge Raphaël Yanyi est sorti de l’anonymat. Devenue virale, son image avec un masque tantôt sur le nez tantôt sous le menton, a vite fait le tour du monde grâce notamment à la magie des réseaux sociaux. La retransmission en direct de deux premières audiences de ce procès hyper médiatisé par la chaîne de télé publique, la RTNC, a même volé la vedette au Covid-19.  Le juge Raphaël Yanyi a fait une prestation qui a ébloui les Congolais lors de la première audience. En fait, son vrai visage leur est encore inconnu et le restera désormais. Ne parlons même pas de son nom, découvert seulement post-mortem.

La Rédaction